Le Petit Chaperon Rouge  :  grandir en affrontant ce qui nous fait peur

L’origine du petit chaperon rouge 

Le petit chaperon rouge est un conte collecté par les frères Grimm mais il figure tout d’abord dans les contes de ma mère l’Oye de Charles PERRAULT. Il y a eu des dizaines de versions orales de ce conte dont certaines ont été compilées au début du 20e par Paul DELARUE.  Certaines versions anciennes, comme celle dite de ‘La grand-mère’, présentent un récit plus cru et plus initiatique : la fillette y affronte seule le danger et parvient parfois à s’en sortir par sa propre ruse.

Comment interpréter ce conte :

“Le loup peut être lu comme une figure de passage, un psychopompe qui conduit vers une transformation mais aussi comme une figure de l’animus, cette part intérieure qui pousse à la confrontation et à la connaissance de soi. Qu’il soit affronté seul ou que l’aide vienne de l’extérieur, la rencontre avec lui marque toujours un point de bascule.”

Il s’agit d’accepter de lâcher prise et d’aller à la rencontre de soi, y compris de ce qui nous effraie : notre désir de transgression, notre envie de destruction ou, plus simplement, de changement.

Se laisser distraire, c’est déjà s’ouvrir à la nouveauté. Ce n’est plus suivre un chemin convenu, surtout lorsqu’il ne nous convient plus. Faire l’expérience du changement est profondément sensoriel : entendre, voir, toucher, goûter… C’est entrer dans une forme de transmutation.

Dans certaines versions médiévales du conte du petit chaperon rouge, la fillette mange la chair et boit le sang de sa grand-mère. Autrement dit, elle absorbe une force ancestrale qu’elle transforme en elle. C’est ainsi qu’elle grandit : cette “nourriture” la rend plus alerte, plus intelligente, plus avisée. Dans ces versions anciennes, la transformation est intérieure.

Dans les versions de Charles Perrault et des Frères Grimm, une figure extérieure intervient : le chasseur. Il incarne celui qui délivre, mais aussi celui qui traque — une figure ambivalente qui, comme dans d’autres contes (on pense à Blanche-Neige), participe au processus de croissance.

Autrement dit, Le loup représente cette part instinctuelle de nous-mêmes, à la fois dangereuse et nécessaire. Il incite à sortir du cadre, à désobéir, à explorer ce qui nous attire autant que ce qui nous effraie. La rencontre avec le loup n’est pas un accident. Elle est une étape.

Être dévoré, symboliquement, c’est accepter une perte de repères, une traversée de l’ombre.

Mais c’est aussi ce qui permet une transformation profonde. On n’en ressort pas intact, mais différent. Plus conscient.  “On est bien plus fort quand on a rencontré le loup”

Qui choisit le conte du Chaperon rouge 

Les personnes — et très majoritairement des femmes — qui choisissent ce conte ont souvent grandi dans un environnement structurant, parfois dominant, qu’il soit maternel ou paternel. Des règles parfois trop rigides ou en tout cas fort nombreuses.

Il ne s’agit pas nécessairement de violence manifeste, mais d’une présence forte, « orientante« , parfois intrusive, souvent pesante qui a laissé peu de place à une affirmation libre de soi.

Ces femmes développent alors une tension particulière : elles aspirent à l’indépendance, à la confrontation, à la liberté de choix, tout en éprouvant une appréhension profonde face à ce que cette confrontation implique.

La procrastination, souvent observée, n’est pas un manque d’action. Elle traduit un temps de suspension face à une transformation qui engage une rupture avec un cadre devenu trop contraignant.

Les mots-clés de leurs Psychoportraits symboliques :  résilience, peur distraction, procrastination, loyauté obéissance, règles, colère, mutation, transformation, passage, négociation, enfance, rigidité, poids, lourdeur.

Voici l’histoire d’Elodie.

Elodie est une jeune femme presque trentenaire. Elle est artiste. Elle dessine, peint, photographie et sculpte.  Hypersensible. Elle est sur une crête émotionnellement. Tantôt calme, presque mutique, absente presqu’à elle -même comme si elle voulait disparaitre. Tantôt passionnée, sur émotive, presque colérique mais cela se traduit plutôt par des périodes d’aridité artistique et de procrastination qui l’exaspèrent.

C’est justement pour comprendre pourquoi ces phases de procrastination l’immobilisent surtout alors qu’elle doit travailler à une exposition ou un projet qui pourtant lui tiennent à cœur, qu’elle fait appel à moi.

On pourrait supposer qu’elle sait ce qu’elle veut mais pourtant, le poids des non-dits est lourd. Sa mère est présente, sans doute un peu trop. C’est elle qui tient aussi les cordons de la bourse. De son père, elle ne parle pas. Pourtant, lorsqu’elle évoque ce qu’elle devrait peindre,  ce qu’elle devrait faire pour réussir, on voit bien qu’elle a des aspirations très hautes sur ce qu’elle devrait être et le niveau qui devrait être le sien.  Et c’est bien la voix paternelle que l’on entend en filigrane.

Elle a le choix entre 3 contes

  • Jack et le haricot magique
  • La cane blanche
  • Le chaperon rouge

Elle hésite entre la cane blanche et le petit chaperon rouge et finalement choisit ce dernier.

Les deux nous parlent des transgressions, de dépassement et de transformation dans le ventre du loup qui agit comme une « bonne matrice » et qui accouche d’une autre personne.

Le travail va porter sur ces questions principales.

La quête de l’héroïne

  • de quoi ai-je peur ?
  • qu’est-ce que j’évite ?
  • qu’est-ce que je désire affronter ?
  • qu’est-ce que je projette sur “le loup” ?
  • que j’ingère de la grand-mère ?  Quelles forces, quelles qualités qui me manquent

Le nœud : la loyauté

Le travail avec Élodie est difficile.
La question de la loyauté est centrale — et paradoxalement tournée vers celui dont elle ne parle pas : son père. Sa présence silencieuse imprègne tout :

  • la maison
  • son rapport au travail
  • la manière dont elle se juge

Figure d’un homme solide, stable, imperturbable, exerçant un métier “sérieux” dans la finance, souvent absent. De plus, Élodie vit encore chez ses parents, dans une autonomie relative : tournée vers son art, mais dépendante financièrement.

Le conflit intérieur

À travers les questions, les réponses émergent… mais de manière désordonnée. Et surtout, chaque question est contestée.

Pourquoi ?
Parce qu’elle remet en cause la place même de l’artiste.

Élodie prend conscience qu’elle ne lutte pas contre les règles en soi, mais contre un ordre qui n’est pas le sien.

Elle tente de s’imposer :

  • d’être stable
  • d’être solide
  • d’être insensible

Là où son art lui permet justement :

  • d’être rigoureuse et souple
  • d’être structurée et créative

Sortir de cette dialectique, c’est réussir mais c’est aussi changer son mode d’interaction avec ses proches

Le cercle familial

Sa mère, figure de rébellion, protège son potentiel artistique mais a elle-même renoncé à ses propres ambitions.

Le père incarne la norme et la pression sociale.
La mère incarne la frustration et le sacrifice.

Élodie est prise entre les deux, la procrastination en est la conséquence. A qui être loyale ?

Le rôle du conte

Le conte lui permet de comprendre ce qu’elle doit intégrer pour se transformer.

Accepter d’“ingérer” la matrice : autrement les qualités de rébellion de sa mère
Accepter de devenir autre, c’est-à-dire concilier la férocité, la ruse, la force du loup ( toutes qualités qui appartiennent aussi à son père)  et qu’elle peut magnifier ou transcender[1]

Mais cela implique aussi :

  • d’oser échouer
  • ne pas atteindre toutes les attentes parentales
  • de prendre des chemins de traverse

Le passage ou la résolution

Élodie choisira finalement de faire une exposition à l’international… sans ses parents. Un premier pas vers l’autonomie. Il y en aura d’autres.

[1] https://metrofilms.com/film/le-loup-de-wall-street/

 

Pour en savoir davantage :

Lire le conte dans son intégralité  : cliquez

Les contes !  ici 

La version de Perrault : lire

Illustration du petit chaperon rouge :  Stella – Digital being – Chat GPT
Rappel : afin de garantir la confidentialité, cette présentation s’appuie sur une compilation de situations issues de personnes ayant choisi ce conte.